Fondation François Fine

La restauration

En 1989, les travaux de restauration purent commencer. Ce fut d'abord la remise en état des murs de fondation. Ils furent redressés et consolidés en respectant leur apparence primitive en pierres sèches.

La toiture posa pas mal de problèmes aux charpentiers, car elle était entièrement pourrie. Les chevrons, comme le lattage, durent être changés intégralement et furent brûlés sur place car sans valeur calorifique. Le ramassage de ces bois de démolition et leur élimination complète occupèrent quelques personnes de notre comité durant plusieurs jours. Le lattage du toit refait, le moulin était au sec et l'on pouvait mieux étudier la suite des travaux à entreprendre. Toutefois, l'eau du torrent étant mélangée aux égouts, il nous était impossible d'examiner attentivement l'arbre pour savoir si nous pourrions le conserver ou s'il fallait le changer.

Au début février 1990, des trombes d'eau s'abattirent sur la région et le torrent gonfla à tel point que la tour de pierres sèches (la tornale) fut emportée au ras du lit du torrent. Quant au moulin, son sous-sol fut également envahi par des torrents de boue. Heureusement que nous étions assurés.

Après diverses péripéties et un retard cumulé de plusieurs semaines, dus à des renseignements erronés, notre demande d'aide financière finit par arriver au Service cantonal compétent: l'Office cantonal de la protection des sites. M. Louis Aymon, chef de ce service, vint voir le moulin et nous donna des instrucitons quant à la manière d'effectuer les travaux de restauration, sans toutefois pouvoir nous assurer que notre requête allait être prise en considération. Il s'engageait cependant à plaider notre cause. Nous lui en sommes très reconnaissants, car, à la fin de l'année, nous reçûmes la réponse suivante: le canton participerait pour 20% au montant total, devisé à ce moment-là à Fr. 85'000.-, la Confédération se chargeant pour sa part de 25% et la Commune de Salvan était priée d'assurer le 5%.

Nous devions toutefois nous engager à exécuter les travaux conformément aux directives du service de la protection des sites.

Durant le courant de cette même année, la séparation des eaux usées (égouts) et des eaux claires du torrent de Dzintallaz fut effectuée jusqu'à la hauteur du moulin, à notre entière satisfaction. Toutefois, pour supprimer les odeurs pestilentielles et pouvoir aborder le moulin aussi du côté du torrent, il était nécessaire de continuer la mise sous conduite jusqu'aux abords des ruines du moulin de François-Louis Fournier.

M. Louis Aymon avait insisté pour que les travaux respectent au plus près cequi existait auparavant et dans les mêmes grandeurs. Comment refaire la roue à augets alors qu'il n'en restait plus rien. C'est en fouillant les décombres épars autour et dans le moulin que l'on mit la main d'abord sur le gabarit ayant servi à la construction, vers 1920, de la dernière roue ayant fonctionné, ensuite sr une tige en fer avec son boulon servant à tenir les bras de la roue. Détenant le gabarit, nous avions le diamètre de la roue (206 cm) et, grâce à la tige filetée, nous avions la largeur hors tout (70 cm). On pouvait dès lors passer à sa réalisation sans avoir recours à des études ou à des aides extérieures.

Pour les autres travaux, des détails furent mis au point avec les artisans chargés de les exécuter et consignés dans un procès-verbal de travail.

Les travaux de canalisation des eaux usées ayant été poursuivis en aval du moulin, il fut enfin possible de retirer l'arbre et de l'examiner attentivement. A part la tête qui devait être refaite, il fut reconnu en bon état, une consolidation de sa structure pouvant être assurée par des injections de résines synthétiques. La roue dentée (rouet) par contre, ne pouvait plus servir en son état et on dut se résoudre à la refaire à neuf. Sa fabrication en chêne posa quelques soucis à nos artisans, surtout pour y forer les trous destinés à recevoir les dents en bois, tant le bois choisi était dur !

Finalement, dans le courant de l'été 1992, on peut procéder au montage de l'arbre, à la mise en place des roues et à leur ajustage.

Quant à la couverture définitive en ardoises brutes, on put la réaliser à moindre frais grâce au dévouement de plusieurs membres du comité qui se sont engagés et n'ont pas ménagé leurs efforts pour récolter les ardoises nécessaires, les descendre aux abords du moulin, les monter sur le toit et finalement, les poser. A tous, nous disons notre reconnaissance.

Avant de procéder aux derniers travaux, il fallut attendre le feu vert de M. Louis Aymon, lequel, lors d'une visite des lieux le 14 avril 1993, en compagnie de M. Camille Ançay et des responsables des travaux, fixèrent dans un procès-verbal comprenant pas moins de 23 paragraphes, tous les travaux qu'il fallait exécuter, dans l'esprit et la forme des éléments existants.

Bien entendu, tous ces travaux n'allèrent pas sans charger grandement nos finances. Des Fr. 70'000.- estimés au début, on arrivera sans doute à Fr. 140'000.-. Des efforts devront donc être demandés pour boucler nos comptes. Nous comptons bien y parvenir.

En octobre 1993, les artisans mirent les bouchées doubles pour terminer tous ces travaux dans les délais impartis par le comité de la Fondation. Le jeudi 21 octobre, MM. Louis Aymon et Camille Ançay purent admirer un moulin restauré selon leurs désirs. Ils se déclarèrent entièrement satisfaits du soin mis à l'exécution de l'ensemble des travaux. Seuls quelques petits détails feront encore l'objet de mises au point.

Le lendemain, soit le vendredi 22 octobre, le Conseil de Fondation et les artisans réunis, purent fêter la remise en marche du moulin et, pour la première fois depuis 1948, on put à nouveau moudre du seigle à Salvan.

Maurice Coquoz