Fondation François Fine

Historique

Lorsqu'on évoque la nourriture de base des êtres humains, on pense immédiatement au pain. L'ancien comme le nouveau Testament le mentionne à plusieurs reprises. Dans les tombes des pharaons, ayant vécu plus de 15 siècles avant notre ère, on a retrouvé des pains parmi la nourriture sensée couvrir les besoin du défunt dans son voyage dans l'au-delà. Des grains de blé furent également trouvés dans ces même tombeaux.

Dans cette ancienne Egypte, le blé était moulu sur une pierre de 10 cm de hauteur environ, dans une position agenouillée très fatigante. Ce travail était méprisé et effectué par des servantes. Malgré leur rang social défavorable, elles jouissaient d'une grande considération, grâce à leur bon caractère; ce qui ressort d'une maxime en vogue à l'époque: "Une bonne parole est plus rare qu'une émeraude, mais on la trouve chez les servantes chargées de moudre le grain".

Une illustration du tombeau de Ramsès III représente une boulangerie; on y distingue deux valets boulangers pétrissant la pâte avec les pieds nus! (Remarquons que chez nous aussi, aux Granges pour être plus précis, un ouvrier boulanger, originaire du Val d'Aoste, fut trouvé par son patron, au début de ce siècle, en train de pétrir la pâte de cette façon!) La pâte était ensuite livrée au boulanger qui la façonnait dans les formes les plus diverses. Les plus connues étaient rondes, ovales ou triangulaires; on les décorait d'entailles ou d'appliques. Les pains destinés à des cérémonies religieuses représentaient, suivant le Dieu ou la Déesse que l'on voulait honorer, des fleurs, des vaches couchées, voire des hippopotames ou d'autres animaux sauvages.

Un parchemin d'époque signale 30 sortes de pain et un autre mentionne qu'un boulanger de la cour avait livré en une année 114'064 pains aux magasins du roi, soit plus de 300 par jour ! De fait, la consommation de pain était très grande; chaque personne mangeait 3 à 4 pains par jour, accompagnés de deux cruchons de bière en moyenne ainsi que d'autres nourritures ! Même si ces pains n'étaient pas très gros, ils mesuraient environ 20 cm de long, cette quantité nous parait aujourd'hui bien, bien grande ! Tous ces pains étaient fabriqués avec du blé ou de l'orge.

Dans la Grèce antique, pains et gâteaux étaient également considérés comme un don des dieux.

La direction des boulangeries et des moulins était réservée aux hommes. Mais on faisait volontiers appel à la main d'oeuvre féminine: meunières, pétrisseuses de pâtes ou vendeuses de pain au marché. Les pétrisseuses façonnaient la pâte au son des flûtes. On peut comparer cette manière de faire avec les fifres et tambours qui rythment encore le travail des ouvriers dans les vignes des Anniviards !

Les moulins, comme les boulangeries, faisaient d'excellentes affaires car les besoins en produits de boulangerie étaient très grands et le choix aussi varié qu'aujourd'hui. 200 ans avant J-C, on mentionne 72 produits de luxe sur les rayons des boulangeries. Parmi ceux-ci, citons ceux mélangés avec du lait, du fromage, de l'anis, du panic, du miel, du sésame, voire du sang. Ces dernières pains étaient offerts aux jeunes mariés et portés triomphalement dans le cortège nuptial.

Bien entendu, les pains façonnés pour des offrandes aux dieux et aux déesses revêtaient les formes les plus diverses: taureaux, porcs, oiseaux, trèfle, etc... Même Bacchus, le dieu du vin, recevait des gâteaux et de gros pains apportés au temple par une suite d'honneur.

Les Grecs apprirent des Egyptiens l'art de fabriquer des pains avec du levain, déjà huit siècles avant J-C. Pour une pâte de gros volume, on préparait, après la vendange, des ferments fait d'un mélange de houblon et de moût. Ce mélange pouvait se conserver, en prenant certaines précautions, pendant toute une année. Pour une quantité de pâte plus petite ou pour un usage momentané, on préparait un "paton" avec de l'orge et de l'eau qu'on laissait reposer pendant un certain temps. Ce principe était appliqué couramment par nos anciens boulangers qui préparaient aussi, la veille de la fabrication du pain, un paton appelé "chef".

A Rome, le pain était aussi considéré comme un précieux don des divinités. Au 2e siècle avant J-C, on vit apparaître les premières boulangeries artisanales. Dans la plupart des cas, les boulangers étaient aussi meuniers. Des esclaves ou des prisonniers étaient chargés de faire tourner les lourdes meules.

"Panem et circenses", ces mots fameux du poète Juvénal, résumaient en fait la politique des gouvernants romains. La distribution gratuite du pain, pour calmer le peuple mécontent de ses dirigeants, commença en l'an 123 avant J-C et plus de 360'000 Romains en bénéficièrent. La consommation du pain était alors énorme et, selon des historiens contemporains, elle représentait 14'600 hectolitres de farine par jour !
Les meules, mues à bras d'hommes, ne chômaient jamais !

En Europe préhistorique, on connaissait les céréales suivantes: le millet, d'hiver ou panic, le petit blé des lacustres, l'orge dense à six lignes, le petit orge à six lignes, le blé égyptien, le blé et le millet paniculé. Un travail pénible consistait à récolter ces céréales au moyen de petites faucilles en pierres ! Les grains étaient conservés dans des récipients en bois. La mouture se faisait sur des pierres plates, rondes, ovales ou carrées sur lesquelles une femme agenouillée écrasait les grains au moyen d'un instrument approprié (de toute vraisemblance, une autre pierre). La technique de la mouture est restée à peu près la même depuis l'âge de la pierre polie jusqu'à l'époque de la Tène (500 ans avant J-C). Ce n'est qu'à ce moment-là que la primitive pierre à broyer fut successivement remplacée par une meule tournante.

De fil en aiguille, d'invention en invention, d'une découverte à l'autre, on finit par réaliser les moulins connus depuis des siècles. Une pierre gisante de plus d'un mètre de diamètre et une autre courante à peu près de même grandeur. La meule tournante étant mue par un mécanisme actionné par une roue hydraulique à augets.